Chaque matin, c’étaient les même gestes, les mêmes bruits, dans le même ordre. Il se levait brusquement, passait à la salle de bains. Le rasoir électrique bourdonnait pendant quelques minutes. Le jet puissant de la douche faisait résonner l’émail de la baignoire. Le poste de radio diffusait trop fort les nouvelles du jour.
De l’autre côté de la cloison, Françoise se retournait dans le lit. Elle guettait les bruits de la rue, comme autant de petits signes rassurants : à huit heures moins cinq, le ronronnement poussif d’un véhicule qui montait la rue des peupliers ; un peu après huit heures, les cloches de Sainte Marie sonnaient. La voisine institutrice traversait alors la rue, faisait coulisser la porte de son garage. Bientôt, on entendait le cliquetis régulier d’un moteur.
Dans la salle de bains, les ablutions avaient cessé et la radio se taisait. Gérard descendait, faisait craquer le vieil escalier. Il allait prendre son petit-déjeuner puis partir. Plus que quelques minutes sous la couette et Françoise pourrait se lever. Une lumière blafarde traversait les persiennes, semblait agiter les doubles rideaux. Quelques effluves de café se mêlaient à l’haleine lourde et chaude de la nuit, qui emplissait la chambre. En bas, la porte claquait, la clé jouait dans la serrure, puis le pas de Gérard résonnait sur le trottoir, s’éloignait, disparaissait.
Françoise s’étirait dans le lit, soupirait d’aise. La maison lui appartenait jusqu’au soir ! Elle se levait, tirait les rideaux, faisait tourner l’espagnolette et ouvrait en grand les volets. La rumeur de la ville montait alors jusqu’à elle. On la percevait plus ou moins selon le temps, mais elle ne devenait jamais gênante. Au contraire, Françoise l’aimait. C’était comme une respiration douce, familière. Sauf le dimanche, un jour triste, où tout était différent…
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